Période couverte : 1er janvier 2026 – 15 janvier 2026
Zone géographique : Europe francophone (France, Belgique, Suisse)
Thématiques : Santé publique, Législation, Dérives sectaires, Phénomènes sociétaux
1. INTRODUCTION ET CONTEXTE MACRO-POLITIQUE
L’analyse de la première quinzaine de janvier 2026 révèle une période charnière pour la lutte contre les dérives sectaires et pseudo-thérapeutiques en Europe francophone. Alors que les stigmates de la crise sanitaire mondiale du début de la décennie continuent de remodeler le rapport des citoyens à la science et à l’autorité médicale, les institutions publiques tentent, non sans difficulté, de structurer une riposte pérenne.
Cette quinzaine est marquée par une tension dialectique forte : d’un côté, une prise de conscience institutionnelle sans précédent, matérialisée par la remise de rapports d’expertise majeurs et l’application de nouveaux cadres législatifs (Loi du 10 mai 2024 en France) ; de l’autre, une fragilité opérationnelle induite par des contraintes budgétaires sévères et une saturation des systèmes de santé conventionnels. En France, la bataille parlementaire autour du budget de la Miviludes illustre ce paradoxe. En Suisse, la tension entre liberté de la presse et protection de la personnalité continue d’entraver la dénonciation des praticiens dangereux. En Belgique, la crise de la démographie médicale crée un appel d’air pour les offres de soins non conventionnelles.
Ce rapport exhaustif dresse un état des lieux précis des événements survenus entre le 1er et le 15 janvier 2026, en analysant les signaux faibles, les décisions politiques structurantes et l’évolution des discours pseudo-scientifiques sur les plateformes numériques.
2. FRANCE : L’INSTITUTIONNALISATION DE LA LUTTE FACE AUX RÉALITÉS BUDGÉTAIRES
La France constitue, en ce début d’année 2026, l’épicentre de l’activité réglementaire et politique concernant les dérives sectaires. La période est dominée par la convergence de trois temporalités : la remise du rapport Molimard sur la désinformation, la reprise des débats budgétaires houleux à l’Assemblée nationale, et l’application concrète des dispositions de la loi de 2024.
2.1. Le Rapport « Information en Santé » : Une Doctrine d’État contre les « Infox »
Le 12 janvier 2026 marque une date clé avec la remise officielle au gouvernement du rapport intitulé « Information en santé : Bilan des forces et des faiblesses, recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé ».
2.1.1. Genèse, Auteurs et Constats
Ce document est le fruit d’une mission confiée à trois experts reconnus pour leur engagement en faveur de la rationalité scientifique :
- Pr Mathieu Molimard : Pneumologue et pharmacologue, figure de proue de la lutte contre les fausses promesses thérapeutiques pendant et après la pandémie.
- Pr Dominique Costagliola : Épidémiologiste et biostatisticienne de renommée internationale.
- Dr Hervé Maisonneuve : Médecin de santé publique et expert en intégrité scientifique.
Le diagnostic posé par le rapport est alarmant. La désinformation en santé n’est plus qualifiée de simple nuisance marginale, mais de menace systémique capable de « menacer l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons ». Les auteurs notent une extension du domaine de la lutte : jadis cantonnée à quelques niches, la désinformation touche désormais « tous les domaines » : vaccination, oncologie, nutrition, santé mentale, et santé des femmes.
Le rapport identifie une triple causalité motivant les acteurs de la désinformation :
- Motivations économiques : La vente de compléments alimentaires, de dispositifs « quantiques » ou de formations onéreuses.
- Motivations idéologiques : Le rejet de la médecine conventionnelle perçue comme un outil de contrôle biopolitique.
- Motivations identitaires : La construction de communautés soudées par la possession d’une « vérité cachée ».
2.1.2. Recommandations Stratégiques et l' »Info-Score Santé »
L’innovation majeure du rapport réside dans sa volonté de dépasser le simple fact-checking pour proposer une régulation structurelle de l’environnement informationnel. Les recommandations principales formulées en janvier 2026 incluent :
- L’Info-Score Santé : Sur le modèle du Nutri-Score alimentaire, ce dispositif vise à qualifier la fiabilité des sources d’information. Il ne s’agit pas de censurer les contenus, mais d’offrir au citoyen un repère visuel immédiat sur la qualité éditoriale (traçabilité des auteurs, validation scientifique, liens d’intérêt). Bien que la ministre déléguée chargée de la Santé, Stéphanie Rist, ait jugé la proposition « intéressante », elle a indiqué que le gouvernement privilégierait dans un premier temps des outils de veille, sans s’engager immédiatement sur le déploiement de ce label, craignant probablement des levées de boucliers juridiques de la part des plateformes.
- L’Observatoire de l’Information en Santé : La création de cette structure est actée comme une priorité. Elle devra servir de tour de contrôle, coordonnée par un comité de pilotage et un conseil scientifique, pour centraliser la riposte. Le rapport préconise que cet observatoire s’appuie sur une plateforme numérique (le portail Santé.fr modernisé) et intègre une intelligence artificielle générative conversationnelle pour répondre aux questions des usagers en temps réel.
- Système d’Infovigilance : Le gouvernement a annoncé, dans la foulée de la remise du rapport, la mise en place dès la fin janvier 2026 d’un dispositif de détection et de réponse rapide aux fausses informations virales. Ce système de « riposte graduée » vise à inonder les réseaux sociaux de contenus fiables validés par des sociétés savantes dès l’apparition d’une rumeur dangereuse.
Analyse de l’Impact : La réception de ce rapport en janvier 2026 témoigne d’un changement de paradigme. L’État ne se contente plus de légiférer contre l’exercice illégal de la médecine ; il tente d’investir le champ cognitif et informationnel. Cependant, l’efficacité de ces mesures dépendra de l’acceptabilité sociale de l’Info-Score et de la capacité de l’État à agir aussi vite que les algorithmes de viralité des réseaux sociaux.
2.2. La Bataille Budgétaire de la Miviludes : Le Paradoxe de Janvier 2026
Alors que l’exécutif affiche sa détermination stratégique via le rapport Molimard, la réalité parlementaire offre un spectacle contradictoire. La première quinzaine de janvier 2026 est marquée par la reprise des débats sur le Projet de Loi de Finances (PLF) pour 2026, où le budget de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) s’est retrouvé au cœur d’un bras de fer politique.
2.2.1. Chronologie Parlementaire et Contexte de « Navette »
La procédure budgétaire pour 2026 a été particulièrement chaotique. Après l’échec de la Commission Mixte Paritaire (CMP) en décembre 2025, le texte est revenu à l’Assemblée nationale en nouvelle lecture à partir du mardi 13 janvier 2026.
- 10 Janvier 2026 : La commission des finances de l’Assemblée nationale rejette la partie « dépenses » du projet de budget en nouvelle lecture. Ce rejet technique oblige les députés à repartir de la version du texte adoptée par le Sénat lors de l’examen en séance publique le 13 janvier.
- 13 Janvier 2026 : Ouverture de la séance publique à l’Assemblée nationale pour l’examen du PLF 2026. C’est dans ce contexte tendu, où le spectre de l’article 49.3 plane sur les débats , que la question des moyens de la Miviludes a été tranchée.
2.2.2. L’Amendement II-1069 : Sauver les Crédits de la Mission
Le projet initial de budget pour 2026 prévoyait une baisse drastique des crédits alloués à la Miviludes (Programme 216, action 10), les faisant passer de 1 million d’euros en 2024 à seulement 700 000 euros pour 2026, soit une amputation de 30 %.
Cette coupe budgétaire a suscité l’incompréhension totale des parlementaires et des associations de victimes, d’autant plus que :
- La Loi du 10 mai 2024 venait tout juste de renforcer les prérogatives de la Miviludes (possibilité de se constituer partie civile, nouvelles missions sur les thérapies de conversion).
- L’explosion de la demande sociale est documentée, avec plus de 4 000 saisines annuelles et une augmentation de 90 % de l’activité en 5 ans.
L’amendement n°II-1069, discuté en commission puis porté en séance, visait à rétablir ces crédits à hauteur de 1 million d’euros minimum. Les députés signataires ont souligné la « contradiction directe avec les éléments de langage du Gouvernement qui prétend avoir fait de cette lutte une priorité ».
Insight Politique : Cette séquence illustre la vulnérabilité de la politique de lutte contre les sectes en France. Bien que consensuelle sur le principe, elle sert souvent de variable d’ajustement comptable. Le maintien des capacités opérationnelles de la Miviludes en 2026 ne tient qu’à la vigilance de quelques parlementaires, face à une administration de Bercy focalisée sur la réduction du déficit public (objectif de passer sous les 5% du PIB).
2.3. L’Application de la Loi du 10 Mai 2024 en 2026
Janvier 2026 est également le premier début d’année où l’ensemble du dispositif législatif issu de la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 est pleinement opérationnel et intégré dans les pratiques judiciaires.
2.3.1. Les Nouveaux Délits à l’Épreuve
La loi a créé plusieurs outils juridiques dont l’impact commence à être mesuré en ce début d’année :
- Article 4 (Délit de provocation à l’abandon de soins) : Ce dispositif, validé par le Conseil constitutionnel après d’âpres débats sur la liberté d’expression, permet désormais de poursuivre les gourous thérapeutiques qui incitent des malades à cesser leurs traitements médicaux (chimiothérapies, insuline). En janvier 2026, les associations de victimes (désormais habilitées à se constituer partie civile par décret du 22 octobre 2025 ) commencent à utiliser ce levier pour déposer des plaintes ciblant des influenceurs santé.
- Sujétion psychologique : La redéfinition de l’abus de faiblesse par la notion de « sujétion psychologique ou physique » (Article 1er) facilite la caractérisation de l’emprise, souvent difficile à prouver dans les contextes thérapeutiques où le consentement de la victime est manipulé.
#### 2.3.2. Le Partenariat Associatif
La Miviludes a renforcé son maillage territorial en signant des conventions, notamment avec la Fédération protestante de France (FPF) fin 2025, une dynamique qui se poursuit en janvier 2026 pour inclure les acteurs religieux dans la prévention des dérives internes. L’initiative de l’ARS Nouvelle-Aquitaine début janvier 2026, visant à prévenir les risques liés aux Pratiques de Soins Non Conventionnelles (PSNC), démontre que la vigilance se décentralise désormais au niveau régional.
3. SUISSE : L’INFORMATION SOUS HAUTE SURVEILLANCE JUDICIAIRE
Si la France s’arme législativement, la Suisse traverse en ce début 2026 une crise majeure concernant la liberté d’informer sur les sujets de santé publique, cristallisée par l’affaire Vipret.
3.1. L’Affaire Denis Vipret et le Phénomène des SLAPP
La première quinzaine de janvier 2026 a vu ressurgir avec force le débat sur les « procédures-bâillons » (SLAPP – Strategic Lawsuit Against Public Participation) en Suisse Romande.
3.1.1. Le Contexte Juridique et Médiatique
Denis Vipret, magnétiseur fribourgeois exerçant notamment à Gruyère, est une figure centrale des médecines alternatives en Suisse. Accusé par plusieurs patientes d’agressions sexuelles et de gestes déplacés lors de séances de soins, il a fait l’objet d’une enquête approfondie de la Radio Télévision Suisse (RTS).
Cependant, le praticien a multiplié les recours juridiques, invoquant la protection de la personnalité (droit à l’image et à la vie privée, très protecteur en droit suisse) pour obtenir des mesures superprovisionnelles interdisant la diffusion des reportages. Bien que la justice ait autorisé la RTS à publier certains éléments fin août 2025 , la bataille procédurale se poursuit en 2026.
3.1.2. L’Actualité de Janvier 2026
Le 5 janvier 2026, le journal Le Courrier a publié une analyse intitulée « Des procès pour faire taire », prenant l’affaire Vipret comme cas d’école. L’article met en lumière une stratégie désormais courante chez les praticiens controversés : utiliser la puissance financière et les délais de la justice civile pour épuiser les médias et différer la révélation de faits d’intérêt public.
Cette affaire est symptomatique d’une difficulté suisse : l’absence de législation anti-SLAPP comparable à celle en discussion dans l’Union Européenne, ce qui laisse les journalistes d’investigation vulnérables face aux « thérapeutes » fortunés. En janvier 2026, la RTS maintient sa position de contestation des mesures de censure restantes, arguant de la nécessité de prévenir de futures victimes potentielles.
3.2. Le CIC et la Surveillance des Radicalisations
Le Centre Intercantonal d’Information sur les Croyances (CIC) à Genève poursuit son travail de fond. En cette période de rentrée 2026, le CIC met l’accent sur les liens entre jeunesse et radicalisation religieuse ou sectaire, via le module de formation « Divers-Cités 2025-26 ».
Bien que moins médiatique que l’affaire Vipret, ce travail est essentiel. Il répond à une mutation des dérives : les jeunes adultes, fragilisés par l’éco-anxiété et la perte de sens, sont des cibles privilégiées pour les groupes proposant des « vérités alternatives » et des soins holistiques en rupture avec la société.
3.3. Les Échos Internationaux : Ashram Shambhala
Une dimension internationale de la veille suisse en janvier 2026 concerne les publications de l’expert Massimo Introvigne (Bitter Winter). Les 12 et 13 janvier 2026, des articles détaillés ont été publiés sur la « saga de Ashram Shambhala » et son gourou Konstantin Rudnev. Bien que ce groupe soit d’origine russe, la publication de ces analyses en janvier 2026 par des observateurs basés en Europe (Introvigne est un sociologue italien souvent cité dans les cercles académiques suisses et européens) rappelle que les mouvements sectaires transnationalisent leurs activités. Ashram Shambhala mêle yoga, ésotérisme et abus sexuels, un cocktail classique des dérives pseudo-thérapeutiques surveillées.
4. BELGIQUE ET DYNAMIQUES TRANSFRONTALIÈRES
La Belgique offre un observatoire pertinent des conséquences de la dégradation de l’offre de soins sur la montée des pratiques alternatives.
4.1. L’Exil des Médecins : Un Signal d’Alarme (11 Janvier 2026)
Le 11 janvier 2026, une manifestation symbolique a eu lieu, relayée par la presse économique : « Plusieurs centaines de médecins libéraux s’exilent symboliquement en Belgique ».
Cet événement doit être analysé comme un symptôme critique. La saturation administrative et la perte de sens du métier de médecin généraliste en France poussent les praticiens vers la Belgique (ou l’inverse, selon les flux frontaliers, mais ici le titre suggère un mouvement de médecins français utilisant la Belgique comme symbole ou refuge).
Corrélation avec les Dérives : Ce phénomène de « désertification » ou de « burn-out » médical est le carburant principal des pseudo-thérapies. La nature ayant horreur du vide, chaque médecin qui « s’exile » ou déplaquer laisse des milliers de patients sans suivi, qui deviennent alors la proie facile des naturopathes non réglementés et autres praticiens de l’immédiateté, toujours disponibles pour écouter la souffrance.
4.2. Vigilance Pharmaceutique : Mises à Jour de Janvier 2026
Le Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP) a publié ses mises à jour de sécurité pour janvier 2026. Parmi les molécules citées (Moclobémide, Mobilisin), la vigilance porte sur les interactions et les mésusages. En Belgique, la régulation des compléments alimentaires et des produits frontières (entre médicament et nutriment) reste un enjeu, les dérives s’appuyant souvent sur des substances en vente libre détournées de leur usage (comme le détournement de pommades analgésiques ou d’antidépresseurs dans des cocktails « détox »).
5. ANALYSE SECTORIELLE : PRODUITS ET MYTHES SOUS SURVEILLANCE (JANVIER 2026)
La veille du 1er au 15 janvier 2026 permet d’isoler quatre clusters de risques majeurs, allant de la substance chimique toxique au mythe technologique.
5.1. Le MMS (Dioxyde de Chlore) : L’Éternel Retour du Poison
Le 13 janvier 2026, le site de référence Vidal.fr a publié une alerte de sécurité majeure intitulée « Un dangereux miracle… ».
- La Substance : Le Miracle Mineral Solution (MMS) est une solution de chlorite de sodium qui, activée par un acide, produit du dioxyde de chlore, un agent de blanchiment industriel (eau de Javel).
- Le Contexte 2026 : Malgré des années d’interdictions (Swissmedic a émis plusieurs alertes par le passé ), le produit connaît une résurgence en ce début d’année. Les réseaux complotistes continuent de le promouvoir comme un remède universel (panacée) contre le cancer, l’autisme, et les virus saisonniers.
- Dangerosité : L’alerte de janvier 2026 insiste sur la gravité des intoxications (vomissements sévères, hypotension, insuffisance respiratoire). La persistance de ce produit démontre la résilience des réseaux de vente en ligne, qui changent constamment d’hébergeurs pour échapper à la régulation.
5.2. Les « MedBeds » : Le Techno-Mythe et l’IA
Le mythe des « MedBeds » (lits médicaux holographiques capables de régénérer l’ADN et de guérir toutes les pathologies par des fréquences) continue de muter.
- L’Événement du 13 Janvier 2026 : Aux États-Unis (Wyoming), un centre de bien-être (« Wild Horse Wellness ») a inauguré des « Tesla Medbed » le 13 janvier. Bien que localisé outre-Atlantique, cet événement a été immédiatement relayé par les communautés QAnon et New Age francophones sur Telegram et X (Twitter) comme une « preuve » de la divulgation imminente de cette technologie en Europe.
- Le Rôle de l’IA : Une analyse de l’Agence Science-Presse du 8 janvier 2026 (« 5 choses à surveiller sur l’IA en 2026 ») souligne un lien inquiétant : l’intelligence artificielle générative permet désormais de créer des vidéos et des images hyper-réalistes de ces lits inexistants, renforçant la croyance des adeptes. Le mythe n’est plus seulement narratif, il est devenu visuel, rendant le travail de déconstruction beaucoup plus complexe.
5.3. Le Dispositif Healy et la Biorésonance
Le dispositif Healy, petit boîtier connecté promettant d’harmoniser le « champ bioénergétique » via des micro-courants, reste au cœur des préoccupations.
- Critique Scientifique : En ce début janvier 2026, l’Université McGill (Office for Science and Society) a publié une critique virulente intitulée « The Healy Is Old Woo in New Clothes ». L’article déconstruit le jargon pseudo-scientifique (« résonance quantique ») utilisé pour vendre cet appareil coûteux.
- Modèle Économique : La diffusion du Healy repose sur le marketing de réseau (MLM). Les forums d’utilisateurs actifs en janvier 2026 montrent que les acheteurs sont incités à devenir vendeurs pour rentabiliser leur investissement, créant une structure pyramidale où l’emprise est autant financière que psychologique. Ce mécanisme de « recrutement par la dette » est caractéristique des dérives sectaires commerciales.
5.4. Thierry Casasnovas : La Persistance Numérique
Bien que Thierry Casasnovas, figure de proue du crudivorisme et du jeûne extrême, soit sous le coup de procédures judiciaires pour exercice illégal de la médecine et abus de faiblesse , son influence numérique persiste en 2026.
Les algorithmes de plateformes comme YouTube (via les « Shorts ») continuent de propulser des extraits de ses anciennes vidéos ou des contenus de soutien. En janvier 2026, la Miviludes et les autorités de contrôle doivent faire face à cette « mémoire numérique » du gourou, qui continue de recruter de nouveaux adeptes persuadés que les maladies graves (cancer, diabète) peuvent se guérir par des jus de légumes, entraînant des retards de soins parfois fatals.
6. ANALYSES TRANSVERSALES ET TENDANCES DE FOND
L’analyse agrégée des données de cette quinzaine permet de dégager trois tendances lourdes pour l’année 2026.
6.1. La Technologisation du Charlatanisme
On observe un glissement sémantique et matériel. Les dérives « naturalistes » (plantes, argile) laissent progressivement la place à des dérives « technologistes » (MedBeds, Quantique, IA).
- Mécanisme : Les pseudo-thérapeutes exploitent l’opacité des nouvelles technologies. Pour un patient non-expert, la différence entre une IRM (technologie médicale validée) et un scan de biorésonance quantique (pseudo-science) est difficile à percevoir, surtout si l’appareil est design, connecté à une application smartphone et vendu cher.
- Conséquence : La répression des fraudes (DGCCRF en France) doit monter en compétence technique pour prouver l’inopérance de ces dispositifs, souvent présentés comme des appareils de « bien-être » pour contourner la réglementation sur les dispositifs médicaux.
6.2. L’Économie de la Désinformation vs Le Coût de la Vérité
La séquence budgétaire française du 13 janvier 2026 met en lumière une asymétrie fondamentale.
- Ressources Asymétriques : L’État doit batailler pour maintenir un budget d’un million d’euros pour la Miviludes, alors que les « empires » du bien-être génèrent des millions de profit (2,7 millions d’euros évoqués pour le seul système Casasnovas ).
- Coût Social : Le rapport Molimard rappelle que le coût de la désinformation ne se mesure pas seulement en euros investis dans la prévention, mais en vies humaines et en dépenses de santé induites (complications, hospitalisations évitables). L’investissement dans l’Info-Score et l’Observatoire est donc présenté comme une mesure d’économie à long terme pour l’Assurance Maladie.
6.3. La Judiciarisation comme Arme à Double Tranchant
L’affaire Vipret en Suisse et l’application de l’article 4 en France montrent que le tribunal est devenu le nouveau champ de bataille.
- Côté Victimes : La loi facilite enfin les plaintes (constitution de partie civile des associations).
- Côté Gourous : Les procédures-bâillons (SLAPP) sont utilisées pour asphyxier financièrement les critiques. En 2026, la capacité des médias et des lanceurs d’alerte à supporter le coût de la défense juridique sera déterminante pour la liberté d’information en santé.
CONCLUSION
La période du 1er au 15 janvier 2026 ne saurait être réduite à une simple succession d’événements divers. Elle dessine une nouvelle géographie de la lutte contre les dérives sectaires.
Nous assistons à une course de vitesse.
D’un côté, l’État français tente de rattraper son retard technologique et cognitif en proposant des outils ambitieux comme l’Info-Score Santé et en renforçant son arsenal répressif (Loi du 10 mai 2024). L’objectif est clair : restaurer la souveraineté scientifique et protéger les plus vulnérables.
De l’autre, la nébuleuse pseudo-thérapeutique fait preuve d’une plasticité remarquable. Elle investit les failles du système (déserts médicaux belges, protection de la vie privée suisse, plateformes vidéo américaines) et adopte les codes de la modernité (IA, physique quantique) pour séduire un public en quête de sens et de guérison.
L’issue de cette confrontation dépendra en grande partie de la capacité des pouvoirs publics à maintenir une cohérence entre les intentions affichées (priorité nationale) et les moyens alloués (budget Miviludes). Le vote final du budget 2026 et la mise en œuvre effective des recommandations du rapport Molimard dans les mois à venir constitueront les véritables juges de paix de cette stratégie de reconquête.