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Pourquoi votre cerveau est en train de perdre la guerre contre les Fake News

Comment la Loi de Brandolini explique tout

​Avez-vous déjà essayé de corriger quelqu’un sur Internet ? Vous arrivez avec vos sources, vos chiffres et votre logique, mais en face, la personne a déjà publié dix autres bêtises. Vous vous sentez épuisé, frustré, et vous finissez par abandonner.

​Ce n’est pas parce que vous avez tort. C’est parce que vous êtes victime d’une règle implacable de l’ère numérique : la loi de Brandolini.

​Le « Principe d’Asymétrie du Bullshit »

​En 2013, Alberto Brandolini, un informaticien italien, a résumé notre enfer moderne en une phrase devenue légendaire :

​« La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des conneries est d’un ordre de grandeur supérieur à celle nécessaire pour les produire. »

​C’est ce qu’on appelle plus formellement le principe d’asymétrie des fadaises. Dans l’univers de la communication, cela signifie que si une fausse information prend 1 minute à être inventée, sa réfutation rigoureuse en demandera 100.

​L’IA : Le turbo injecté dans la machine à mensonges

​Si la loi de Brandolini était déjà un défi à l’époque de Facebook, l’arrivée de l’Intelligence Artificielle Générative a transformé un problème artisanal en une crise industrielle. L’IA agit comme un multiplicateur de force pour l’asymétrie :

  • Le coût de production tombe à zéro : Là où un « troll » humain devait autrefois taper son texte, une IA peut générer des milliers d’articles de désinformation en quelques secondes, avec une syntaxe parfaite.
  • L’autorité synthétique : L’IA peut imiter le ton d’un expert, d’un scientifique ou d’un journaliste. Il devient encore plus coûteux de réfuter un mensonge qui « a l’air » vrai et qui utilise un jargon technique complexe.
  • L’hallucination crédible : Les modèles de langage peuvent inventer des faits avec une assurance totale. Le vérificateur de faits (humain) doit alors passer des heures à chercher une source qui n’existe tout simplement pas.

​Pourquoi sommes-nous en train de perdre ?

​La loi de Brandolini s’appuie sur trois failles de notre psychologie et de notre technologie :

  1. L’avantage du premier arrivé : Une fausse nouvelle se propage six fois plus vite qu’une vérité. Une fois que l’idée est ancrée, le « correctif » arrive souvent trop tard dans un cerveau déjà « pollué ».
  2. La fatigue cognitive : C’est la stratégie de la « lance d’incendie » (Firehose of Falsehood). En inondant le public d’absurdités, on ne cherche pas forcément à faire croire à un mensonge, mais à épuiser les gens jusqu’à ce qu’ils ne sachent plus quoi croire.
  3. L’asymétrie de l’effort : Mentir ne demande aucune rigueur. Vérifier est un travail d’expert. C’est une guerre d’usure où le menteur a des munitions infinies.

​Comment survivre dans cet océan de « Bullshit » ?

​Si la réfutation est un combat inégal, faut-il abandonner ? Non, mais il faut changer de stratégie :

  • Le « Pre-bunking » : Au lieu de corriger chaque mensonge, apprenez à reconnaître les mécanismes de la manipulation (le vaccin plutôt que le remède).
  • Choisissez vos batailles : Avant de répondre, demandez-vous : « Cette personne est-elle de bonne foi ? ». Si la réponse est non, ne gaspillez pas votre énergie. Le silence est parfois l’arme la plus efficace.
  • Ne nourrissez pas l’algorithme : Répondre à une fake news, même pour la dénoncer, lui donne souvent de la visibilité. Parfois, il vaut mieux signaler et passer son chemin.

​En conclusion

​La vérité est lente, nuancée et parfois décevante. Le mensonge est rapide, excitant et, grâce à l’IA, désormais illimité. Dans ce combat, votre attention est votre ressource la plus précieuse. Ne la donnez pas gratuitement à ceux qui cherchent à saturer votre esprit.

​Rappelez-vous Brandolini : il ne faut qu’une seconde pour polluer un puits, mais une éternité pour le purifier.

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