Huiles végétales et coups de soleil : que dit réellement la science ?
Une théorie circule actuellement sur les réseaux sociaux, affirmant que l’exposition au soleil ne serait pas la cause principale des brûlures cutanées. Selon ce narratif, ce seraient les huiles végétales riches en oméga-6 (dites « seed oils ») qui, une fois consommées, s’oxyderaient sous la peau, provoquant l’inflammation. En conséquence, certains influenceurs recommandent l’arrêt des crèmes solaires au profit d’un changement de régime alimentaire.
Cette affirmation est pourtant en contradiction avec les connaissances établies en dermatologie et en photobiologie. Voici une analyse factuelle des mécanismes en jeu.
La consommation d’huile ne rend pas la peau « inflammable »
L’argument central de cette théorie repose sur l’idée que les acides gras polyinsaturés (comme l’acide linoléique) s’accumuleraient sous la peau pour y « frire » sous l’effet de la chaleur ou des rayons.
D’un point de vue physiologique, c’est une simplification erronée. Lorsque nous consommons des graisses, elles sont digérées et métabolisées. L’acide linoléique, par exemple, est utilisé par l’organisme pour construire la barrière lipidique de la peau (notamment via les acylcéramides), essentielle pour l’hydratation et la protection. Il ne reste pas stocké sous forme d’huile instable prête à s’enflammer. Aucune étude clinique n’a démontré qu’un régime sans huiles végétales conférait une immunité contre les brûlures solaires.
Le coup de soleil est une atteinte directe de l’ADN
Pour comprendre l’erreur de ce narratif, il faut revenir à la cause biologique du coup de soleil (érythème actinique). Ce n’est pas une réaction thermique liée à l’alimentation, mais une réaction aux radiations.
Lorsque les rayons UVB frappent l’épiderme :
- Ils pénètrent les cellules et brisent directement les chaînes d’ADN.
- Ces lésions créent ce que l’on appelle des dimères de thymine.
- Face à ces dommages génétiques, les cellules déclenchent un processus d’autodestruction (apoptose) pour éviter de muter en cellules cancéreuses.
- C’est cette mort cellulaire massive qui déclenche la réponse inflammatoire : rougeur, chaleur et douleur.
Ce processus physique se produit dès que la dose d’UV dépasse la capacité de protection de la mélanine, quel que soit le régime alimentaire de l’individu.
Les risques de santé publique
Le danger de cette désinformation réside dans l’incitation à abandonner la protection solaire. Le mélanome et les carcinomes sont directement liés à l’exposition aux UV.
Les études épidémiologiques confirment que l’utilisation d’écrans solaires, le port de vêtements protecteurs et la recherche de l’ombre restent les seuls moyens prouvés de réduire les risques de lésions cutanées et de cancers. Si l’alimentation joue un rôle dans la santé globale de la peau, elle ne peut se substituer à une barrière physique contre le rayonnement ultraviolet.
Conclusion
Il ne faut pas confondre nutrition et radioprotection. Si réduire les aliments ultra-transformés est bénéfique pour la santé, cela ne protège pas l’ADN des cellules cutanées contre les radiations solaires.