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Désinformation en santé : La fin de la pédagogie, le début de la « Riposte »

C’est un tournant doctrinal majeur qui s’est opéré ce lundi 12 janvier 2026. En réceptionnant le rapport confié au trio d’experts Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve, le gouvernement a sifflé la fin de la récréation numérique. Le constat posé par ces trois figures de la rigueur scientifique est sans appel : la pédagogie ne suffit plus. Face à une « infodémie » devenue systémique, l’État français déploie une stratégie nationale offensive.

​De la fausse nouvelle au « virus » numérique

​Le cœur du rapport repose sur un changement de vocabulaire lourd de sens. La désinformation en santé n’est plus traitée comme une simple opinion divergente ou une erreur factuelle, mais comme un agent pathogène.

​Les auteurs actent que les mécanismes de viralité des fausses nouvelles (peur, émotion, algorithmes) sont plus véloces que le consensus scientifique. Dès lors, la réponse ne peut plus se limiter au « debunking » (la vérification des faits a posteriori), jugé trop lent et inefficace face à des croyances enkystées. Pour le gouvernement, l’heure est à la « sécurité sanitaire de l’information ».

​Pilier 1 : L’Infovigilance

​C’est la mesure phare et la plus structurelle : la création d’un Observatoire de la désinformation en santé. Le concept est calqué sur la pharmacovigilance, qui surveille les effets indésirables des médicaments.

​La mission de cet organe est de scanner les réseaux sociaux et les plateformes numériques pour détecter les « signaux faibles » : l’émergence d’une nouvelle rumeur sur un vaccin, la promotion soudaine d’un remède miracle dangereux ou une campagne coordonnée contre une autorité de santé. L’objectif est d’agir vite pour éteindre le foyer avant qu’il ne devienne viral.

​Pilier 2 : L’Info-Score Santé

​Pour guider les internautes dans la jungle des contenus médicaux, le rapport préconise la mise en place d’un repère visuel immédiat : l’Info-Score.

​Inspiré du succès du Nutri-Score alimentaire, ce système de labellisation (pour l’instant basé sur le volontariat et l’incitation) vise à certifier les comptes et sites respectant une charte de transparence et de méthodologie scientifique. L’idée est d’offrir une « boussole de fiabilité » au patient, permettant de distinguer au premier coup d’œil une source validée d’un site complotiste ou commercial déguisé.

​Pilier 3 : L’inversion du risque

​C’est le volet le plus politique du rapport Molimard-Costagliola. Les experts ont souligné une asymétrie dangereuse : jusqu’ici, les porteurs de la parole scientifique s’exposaient au harcèlement et aux procédures bâillons, tandis que les désinformateurs profitaient d’une relative impunité, souvent lucrative.

​La nouvelle stratégie nationale entend « inverser le risque ». Cela implique un durcissement des sanctions contre la propagation de fausses nouvelles médicales (particulièrement lorsqu’il y a intention commerciale ou mise en danger d’autrui) et, en parallèle, une protection institutionnelle et juridique renforcée pour les soignants et chercheurs qui montent au créneau pour défendre les faits.

En résumé, ce 12 janvier 2026 marque le passage d’une politique de défense passive à une stratégie de dissuasion active. L’État ne se contente plus d’expliquer ; il surveille, labellise et s’apprête à sanctionner.

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