Vermifuge pour chien et Cancer : le mirage du Fenbendazole

C’est une histoire qui revient par vagues successives sur les groupes Facebook fermés et sur TikTok : un médicament vétérinaire à 5 euros, le Fenbendazole (un vermifuge pour chiens), guérirait les cancers en phase terminale. Selon ce narratif, si les oncologues ne le prescrivent pas, ce serait uniquement pour protéger les profits de la chimiothérapie traditionnelle.

​Face à la détresse des patients et à la viralité du « Protocole Joe Tippens » (du nom du patient américain à l’origine de la rumeur), il est urgent de séparer ce qui relève de la biologie cellulaire de ce qui relève du mythe dangereux.

Pourquoi cette théorie semble crédible ?

​Le narratif du Fenbendazole est particulièrement robuste car il repose sur un fond de vérité pharmacologique. Ce n’est pas de la « poudre de perlimpinpin ».

​Le Fenbendazole appartient à la classe des benzimidazoles. Son mode d’action pour tuer les parasites est de perturber les microtubules. Or, les microtubules sont aussi les « rails » que les cellules cancéreuses utilisent pour se diviser et se multiplier.

​En bloquant ces microtubules, le vermifuge empêche théoriquement la cellule cancéreuse de se diviser. C’est d’ailleurs exactement le même mécanisme d’action que certaines chimiothérapies officielles (comme les taxanes ou les alcaloïdes de la pervenche). Sur le papier, et dans une boîte de Pétri (in vitro), le Fenbendazole tue effectivement certaines cellules cancéreuses.

Le piège de la boîte de Pétri

​Si le mécanisme est réel, pourquoi ne l’utilise-t-on pas sur les humains ? C’est ici que la réalité scientifique contredit le raccourci viral.

​Réussir à tuer des cellules cancéreuses dans un tube à essai est facile (l’eau de Javel le fait aussi très bien). Le défi de la médecine est de le faire dans un corps humain vivant, sans détruire le reste.

​Le problème majeur du Fenbendazole est sa biodisponibilité. Conçu pour rester dans l’intestin du chien pour tuer des vers intestinaux, il est très mal absorbé par le sang humain. Pour atteindre une concentration suffisante dans une tumeur au poumon ou au cerveau, il faudrait ingérer des doses massives, bien supérieures à celles recommandées pour un animal.

Des risques hépatiques réels

​L’absence d’essais cliniques sur l’homme ne signifie pas « absence de danger ». Les vétérinaires et les pharmacologues savent que les benzimidazoles à haute dose peuvent être hépatotoxiques (toxiques pour le foie).

​Pour un patient atteint de cancer, dont le foie est souvent déjà sollicité par la maladie ou par d’autres traitements, l’automédication avec des produits vétérinaires non purifiés pour l’usage humain peut provoquer une hépatite médicamenteuse grave, compromettant les chances de suivre un traitement officiel qui, lui, a fait ses preuves.

Conclusion

​À ce jour, il n’existe aucune étude clinique validée démontrant l’efficacité curative du Fenbendazole chez l’homme atteint de cancer. Les cas de rémissions anecdotiques (comme celui de Joe Tippens) sont souvent biaisés : ces patients suivaient souvent, en parallèle, des immunothérapies ou des essais cliniques officiels, rendant impossible l’attribution de la guérison au seul vermifuge.

​Le Fenbendazole est une piste de recherche intéressante (repurposing drugs), mais l’utiliser aujourd’hui en automédication revient à jouer sa survie à pile ou face, en remplaçant des protocoles éprouvés par un espoir vétérinaire non maîtrisé.

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