Tendance Toxique : Quand le « DIY IV Drip » transforme votre salon en bloc opératoire
C’est une image devenue presque banale sur votre fil TikTok ou Instagram. Une influenceuse au teint parfait, confortablement installée dans son canapé, un livre à la main et… une perfusion plantée dans le bras. Ce qui était autrefois réservé aux urgences ou aux services d’oncologie est devenu l’accessoire ultime du « Wellness ».
Mais derrière le glamour des cliniques de luxe fréquentées par les Kardashian ou Hailey Bieber, une tendance souterraine et infiniment plus dangereuse a émergé : le « DIY IV Drip » (la perfusion intraveineuse faite soi-même).
De la clinique au « Panier Amazon »
Le phénomène repose sur une promesse séduisante : une hydratation instantanée, une peau éclatante, une énergie décuplée ou un remède miracle contre la gueule de bois, le tout injecté directement dans le sang pour une absorption à 100 %.
Si la pratique encadrée par des infirmières (les fameux « Drip Bars ») est légale, sa version « Do It Yourself » est une dérive du biohacking mal maîtrisé. Aujourd’hui, une simple recherche sur le web (souvent sur des sites étrangers ou via le marché gris) permet de commander des « IV Kits ». Pour quelques dizaines de dollars, vous recevez chez vous des poches de solution saline, des cocktails de vitamines (B12, C, Glutathion), des tubulures et des cathéters.
Aucune ordonnance. Aucun diplôme médical requis. Juste une vidéo YouTube ou un tutoriel TikTok de 60 secondes en guise de formation médicale.
La banalisation de l’acte invasif
Le problème majeur réside dans la perception du risque. Sur les réseaux, l’acte de se poser une perfusion est filmé avec la même légèreté que l’application d’un masque à l’argile. La musique est douce, l’esthétique est épurée (« Clean Girl Aesthetic »), et le sang est rarement montré.
Cette mise en scène gomme la réalité médicale : une perfusion est un acte invasif. En brisant la barrière cutanée pour entrer dans le système veineux, on ouvre une autoroute directe vers le cœur et les organes vitaux.
Une roulette russe sanitaire
Les médecins et les autorités sanitaires (comme le NHS au Royaume-Uni ou la FDA aux USA) tirent la sonnette d’alarme. Ce que les influenceurs « DIY » ne vous montrent pas, ce sont les conséquences d’un geste raté, qui transforment une séance bien-être en urgence vitale :
- L’embolie gazeuse : C’est le danger numéro un. Une simple bulle d’air mal purgée dans la tubulure peut provoquer un arrêt cardiaque ou un AVC si elle atteint le cerveau.
- Le choc septique : Sans une asepsie de niveau hospitalier, les bactéries présentes sur la peau ou le matériel entrent directement dans le sang, risquant de provoquer une infection généralisée foudroyante.
- La phlébite et la nécrose : Une aiguille mal insérée ou un produit trop concentré peut « brûler » la veine, causant des dommages tissulaires irréversibles.
Conclusion : Le bien-être à quel prix ?
Le succès des « DIY IV Drips » symptomatise notre époque : la recherche de la performance immédiate et la méfiance envers la médecine traditionnelle, au profit de l’automédication 2.0.
Pourtant, la réalité physiologique est implacable. Les vitamines ingérées par voie orale (aliments ou compléments) sont peut-être moins « Instagrammables » et plus lentes à agir, mais elles ont un avantage décisif : elles ne risquent pas de vous envoyer en réanimation pour une simple quête d’éclat.
Sur les réseaux, la ligne entre « prendre soin de soi » et « se mettre en danger » n’a jamais été aussi fine. Et dans le cas des perfusions maison, cette ligne est littéralement une veine que l’on ne devrait jamais franchir seul.