Ivermectine et Cancer : Pourquoi l’argument du « complot de Big Pharma » est une impasse factuelle
Depuis plusieurs jours, un grand nombre de comptes complotistes sur X disent que l’ivermectine est efficace pour traiter les cancers et que le manque d’études sur ce sujet est imputable à la volonté qu’aurait « Big Pharma » de ne pas laisser ce genre d’études se faire. Toujours selon ces comptes très suivi, ce serait nuire à la vente des chimiothérapies. Il est important de rappeler qu’il n’existe aucune étude qui prouvent l’efficacité de l’ivermectine (un vermifuge pour cheval) dans le traitent d’un ou plusieurs cancers.
Mais on peut se demander si l’argument de big pharma tient la route. Il est important de noté que ceux qui fabrique et commercialise l’ivermectine ne sont pas des philanthropes qui travaillent bénévolement pour produire ce vermifuge. Nous nous sommes donc demandé qui a développer et qui a commercialisé cette molécule. Et nous n’avons pas été décus.
1. L’Ivermectine est une invention de « Big Pharma »
L’ivermectine n’est pas une plante découverte par des herboristes en marge du système. Elle a été développée dans les années 1970 par l’un des plus grands géants pharmaceutiques mondiaux : Merck & Co. (MSD), en collaboration avec l’Institut Kitasato au Japon.
- Le fait historique : Les chercheurs William C. Campbell (de chez Merck) et Satoshi Ōmura ont reçu le Prix Nobel de médecine en 2015 pour cette découverte.
- La réalité commerciale : Merck a commercialisé ce médicament sous le nom de Stromectol et en a tiré des profits substantiels pendant la durée du brevet, tout en organisant des programmes de donation pour les pays en voie de développement (lutte contre la cécité des rivières).
Dire que Big Pharma veut « cacher » l’ivermectine revient à dire qu’une industrie veut cacher l’un de ses plus grands succès historiques.
2. Qui produit l’ivermectine aujourd’hui ?
L’argument selon lequel « ça ne rapporte rien » est économiquement faux. Si le brevet est tombé dans le domaine public en 1996, cela ne signifie pas que le médicament est fabriqué par des associations à but non lucratif. Il est produit par les géants du médicament générique.
Les principaux producteurs mondiaux d’ivermectine incluent :
- Teva Pharmaceuticals (Israël) : L’un des leaders mondiaux du générique.
- Sandoz (Suisse) : Une division du géant Novartis.
- Pierre Fabre (France) : Qui commercialise des formulations topiques (crèmes).
Ces entreprises font partie intégrante de ce que l’on appelle « Big Pharma ». Elles disposent des capacités de production, des chaînes logistiques et des réseaux de distribution. Si une étude prouvait l’efficacité de l’ivermectine contre le cancer, ces entreprises auraient un intérêt financier immédiat à augmenter leur production pour répondre à une demande mondiale massive, même à bas prix (le modèle économique du « volume » plutôt que de la « marge »).
3. Le mythe de l’absence d’intérêt pour les vieux médicaments
L’industrie pharmaceutique pratique couramment le « repositionnement de médicaments » (drug repurposing). C’est une stratégie rentable car elle évite les coûts de recherche initiaux (toxicité, phase 1).
- L’exemple du Viagra : Initialement développé pour l’angine de poitrine, il a été repositionné pour les troubles érectiles. Pfizer n’a pas caché l’effet secondaire, ils en ont fait un blockbuster.
- La logique financière : Si l’ivermectine fonctionnait sur le cancer, Merck ou un autre laboratoire lancerait une nouvelle formulation (dosage différent, mode d’administration ciblé) pour la breveter à nouveau dans cette indication spécifique (Brevet de seconde application médicale).
4. La position officielle du fabricant
Le fait le plus accablant contre la théorie du complot est la position de Merck (MSD) lui-même. En février 2021, face à l’engouement pour l’ivermectine contre la COVID-19, Merck a publié un communiqué inhabituel :
« Il n’y a aucune base scientifique, aucun effet thérapeutique significatif […] et un manque de données de sécurité dans la majorité des études. » — Merck (MSD)
Pourquoi une entreprise déconseillerait-elle d’utiliser son propre produit (ou celui qu’elle a inventé) si ce n’est pour des raisons de responsabilité médicale et d’éthique scientifique ? Si l’ivermectine était un remède caché, Merck serait le premier à vouloir le vendre.
Conclusion
L’idée que « Big Pharma » bloque l’ivermectine est un non-sens économique et historique. Big Pharma a inventé l’ivermectine, Big Pharma la produit aujourd’hui, et Big Pharma la vend.
L’absence d’utilisation de l’ivermectine en oncologie ne relève pas d’un complot économique, mais d’une réalité scientifique : à ce jour, aucune étude clinique robuste (chez l’homme) n’a démontré son efficacité pour traiter le cancer, contrairement aux résultats observés in vitro (en laboratoire) à des doses souvent toxiques pour l’humain.
Sources et références vérifiables :
National Cancer Institute (NIH) : Ivermectin – Health Professional Version (État des lieux des recherches oncologiques).
NobelPrize.org : The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2015 (Campbell & Ōmura).
Merck (MSD) Statement (04/02/2021) : Merck Statement on Ivermectin use during the COVID-19 Pandemic.
Base de données publique des médicaments (France) : Liste des titulaires d’AMM pour l’ivermectine (Mylan, Sandoz, Teva, etc.).