L’Inhalation d’Eau Oxygénée : Le mirage viral qui brûle vos poumons

C’est une tendance « zombie » qui refuse de mourir. À chaque pic épidémique hivernal (grippe, Covid, bronchiolite), des vidéos refont surface sur TikTok et dans les groupes Facebook de « médecine alternative ». Le conseil semble simple et économique : verser de l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène) diluée dans un nébuliseur pour « désinfecter » les poumons et tuer les virus instantanément.

​Si la logique semble implacable (« ça tue les microbes sur une plaie, donc ça les tue dans les bronches »), la réalité physiologique est tout autre : cette pratique ne soigne pas, elle corrode.

1. L’erreur anatomique : Vos poumons ne sont pas des genoux écorchés

​Le danger de ce narratif réside dans une fausse équivalence. La peau est protégée par une couche cornée résistante. Les poumons, eux, sont tapissés d’alvéoles et de muqueuses extrêmement délicates, parfois épaisses d’une seule cellule, conçues pour les échanges gazeux, pas pour résister à des attaques chimiques.

​Le peroxyde d’hydrogène (H2O2) est un agent oxydant. Lorsqu’il est nébulisé (transformé en brume froide) et inhalé, il entre en contact direct avec ces tissus fragiles. Au lieu de « nettoyer », il provoque une oxydation cellulaire immédiate. En termes simples : vous ne désinfectez pas vos poumons, vous leur infligez une brûlure chimique interne.

2. Le Paradoxe : Créer la maladie que l’on veut éviter

​Loin de prévenir les infections, l’inhalation de H2O2 favorise paradoxalement l’aggravation de l’état du patient.

  • Pneumonie Chimique : L’irritation causée par le produit crée une inflammation sévère (pneumonite). Les symptômes (toux, difficultés respiratoires, douleur thoracique) ressemblent à s’y méprendre à ceux d’une infection respiratoire grave, poussant souvent l’utilisateur à… recommencer le traitement, entrant dans un cercle vicieux.
  • Destruction des défenses naturelles : En brûlant les cils vibratiles et le mucus protecteur des bronches, le peroxyde d’hydrogène détruit la première barrière immunitaire du corps, laissant la voie libre aux surinfections bactériennes.

3. L’avis des autorités de santé (Sources)

​Face à la viralité de cette méthode (parfois appelée « Protocole de nébulisation »), les principales agences de santé ont émis des alertes claires :

  • AAFA (Asthma and Allergy Foundation of America) : L’organisme a publié une mise en garde explicite indiquant que « l’inhalation de peroxyde d’hydrogène ne traite pas le COVID-19 et est dangereuse ». Ils soulignent le risque de dommages pulmonaires permanents.
  • National Capital Poison Center (USA) : Les centres antipoison rapportent que l’inhalation, même à faible concentration (3%), peut causer une irritation respiratoire sévère, une oppression thoracique et, dans les cas extrêmes, des embolies gazeuses (bulles d’oxygène passant dans le sang), pouvant mener à des accidents vasculaires.

Conclusion

​Le peroxyde d’hydrogène est un excellent désinfectant pour les surfaces inertes ou, avec précaution, pour certaines plaies cutanées. Mais l’inhaler revient à appliquer de l’eau de Javel à l’intérieur de son corps. Pour vos poumons, l’air pur reste le seul « gaz » autorisé ; pour les virus, le système immunitaire et les traitements validés restent les seules armes sûres.

Sources Vérifiables :

  • Asthma and Allergy Foundation of America (AAFA) : « Do Not Inhale Hydrogen Peroxide » (Alerte de sécurité publique).
  • National Capital Poison Center : « Inhaling Hydrogen Peroxide » (Fiche toxicologique confirmant les risques d’irritation et d’embolie).
  • Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSDR) : Medical Management Guidelines for Hydrogen Peroxide (Classification comme irritant pulmonaire sévère par inhalation).

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