Divorce et accidents de la route : Pourquoi votre cerveau veut-il y croire ?​

Imaginez la une des journaux : « 350 morts sur la route en 2025 : on découvre que 70% des conducteurs étaient divorcés ! »​

L’information est percutante. Immédiatement, votre cerveau cherche du sens. Le stress du divorce rend-il mauvais conducteur ? La solitude pousse-t-elle à la vitesse ? Vous commencez à tisser un lien logique entre ces deux faits.​

Stop. Vous venez de tomber dans le piège intellectuel le plus courant, celui-là même dont raffolent les théories du complot pour donner du sens à des événements dramatiques.​Ce phénomène, qui consiste à lier deux événements indépendants simplement parce qu’ils surviennent simultanément, porte plusieurs noms selon l’angle sous lequel on l’observe. Décryptage de cette erreur de raisonnement fondamentale.​

1. Le piège logique : Corrélation n’est pas causalité

​C’est la base de l’esprit critique. Ce n’est pas parce que deux événements apparaissent ensemble (les décès et le statut marital) que l’un provoque l’autre. C’est la différence entre une corrélation (un constat statistique simultané) et une causalité (un lien de cause à effet).​Les Romains avaient déjà identifié ce sophisme : Cum hoc ergo propter hoc (littéralement : « Avec ceci, donc à cause de ceci »). Croire que le divorce cause l’accident, c’est comme croire que l’ouverture des parapluies cause la pluie.​

2. Le réflexe psychologique : L’Apophénie​

Pourquoi notre cerveau tombe-t-il si facilement dans le panneau ? Parce qu’il déteste le hasard, surtout face à une tragédie. Il a besoin d’une explication.​En psychologie, cette tendance humaine à percevoir des liens ou des modèles dans des données aléatoires s’appelle l’apophénie. Dans notre exemple, votre esprit cherche à rationaliser le drame en « connectant » arbitrairement une caractéristique visible (le divorce) pour créer un récit rassurant, car logique en apparence.

​3. La manipulation statistique : Le tireur d’élite texan

​C’est l’outil favori des manipulateurs de chiffres. Imaginez un Texan qui tire au hasard sur le mur d’une grange, puis qui s’approche pour peindre une cible rouge exactement autour des impacts de balles, prétendant ensuite être un tireur d’élite.​Dans notre cas, c’est la même chose : on prend les données a posteriori (les 350 morts), on cherche n’importe quel point commun (ils étaient divorcés, ils aimaient le jazz…), et on présente ce point commun comme la cause, en ignorant tout le reste.​

4. La preuve par l’absurde : Le fromage tueur​

Pour comprendre à quel point notre intuition nous trompe, regardons les Spurious Correlations (corrélations fallacieuses). Il existe, par exemple, une corrélation statistique quasi parfaite (94%) aux États-Unis entre la consommation de fromage par habitant et… le nombre de personnes mortes étouffées dans leurs draps.​Faut-il en conclure que le cheddar rend vos draps assassins ? Évidemment non. Sur des milliards de données disponibles dans le monde, certaines courbes vont forcément évoluer de la même manière par pur hasard. Sans mécanisme explicatif, une courbe n’est qu’un dessin.​Le verdict rationnel : Cherchez la variable cachée​Alors, comment expliquer notre chiffre des divorcés, s’il était vrai ? La science cherche ce qu’on appelle une variable de confusion (ou « tiers facteur »).​Peut-être que la tranche d’âge qui a statistiquement le plus d’accidents (disons les 40-50 ans) est aussi la tranche d’âge où l’on divorce le plus. La vraie cause serait alors l’âge, le divorce n’étant qu’une coïncidence.​Le conseil pour finir : Face à un tel argument, posez une seule question : « Quel est le mécanisme ? ». Si votre interlocuteur ne peut que vous montrer deux chiffres qui montent en même temps, sans expliquer comment A agit physiquement sur B, vous êtes face à un mirage statistique.

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