L’Argent Colloïdal : L’illusion de « l’antibiotique interdit »
C’est un grand classique des groupes Telegram de « santé souveraine » qui refait surface à chaque pénurie de médicaments en pharmacie : l’argent colloïdal. Présenté comme un « antibiotique universel » capable de tuer virus, bactéries et champignons, il serait soi-disant caché par l’industrie pharmaceutique pour protéger ses profits.
Pourtant, derrière cette théorie du complot séduisante se cache une réalité toxicologique froide : ingérer de l’argent ne vous soigne pas, cela vous transforme en réservoir à métaux lourds.
La confusion entre « Désinfectant » et « Nutriment »
Le mythe repose sur une vérité mal comprise. Oui, l’argent a des propriétés antibactériennes réelles. C’est pour cela qu’on l’utilise dans certains pansements pour brûlures graves ou dans des crèmes pour éviter l’infection d’une plaie en surface.
L’erreur fatale est de croire que ce qui nettoie une plaie peut être bu pour « nettoyer » le sang.
D’un point de vue physiologique, l’argent n’est pas une vitamine. Contrairement au fer ou au magnésium, le corps humain n’a aucun besoin biologique d’argent pour fonctionner. Il ne sait pas le métaboliser, et pire encore : il ne sait pas l’éliminer correctement.
Le Spectre de l’Argyrie : Quand le teint vire au bleu définitif
Le danger principal de la consommation orale (surtout avec des solutions « faites maison » par électrolyse au dosage incontrôlé) est l’accumulation.
Comme le corps ne peut pas excréter cet excès de métal, il le stocke dans les tissus, les organes (reins, foie) et finalement… sous la peau.
Une fois exposé au soleil, cet argent stocké s’oxyde, exactement comme une pellicule photo argentique. Le résultat est une maladie appelée l’Argyrie : la peau prend une teinte gris-bleuâtre.
Le point critique : Cette coloration est irréversible. Même en arrêtant d’en boire, le bleu reste. C’est un tatouage interne permanent.
Une inefficacité dangereuse
Outre le risque esthétique et rénal, l’argent colloïdal pose un problème de sécurité immédiat :
- Faux sentiment de sécurité : En pensant se soigner avec de l’argent, le patient retarde la prise en charge médicale d’une infection réelle (pneumonie, infection sanguine) qui peut s’aggraver.
- Interactions nocives : Le National Institutes of Health (NCCIH) confirme que l’argent colloïdal interfère avec l’absorption de vrais médicaments vitaux, notamment les antibiotiques (les vrais) et les traitements pour la thyroïde, les rendant inefficaces.
Conclusion
Il n’y a pas de « complot » contre l’argent colloïdal, il y a un consensus toxicologique. L’argent est un métal, pas un complément alimentaire. L’utiliser sur un pansement est de la médecine ; le boire quotidiennement en prévention est une intoxication lente et volontaire.