L’arnaque du « Malade Imaginaire 2.0 » : Quand votre IA vous invente un TDAH

Temps de lecture : 3 min

​C’est le scénario classique de 2026 : vous téléchargez une application de productivité ou de « bien-être mental ». Après trois jours, une notification tombe : « Vous procrastinez souvent ? Cela pourrait être un symptôme de TDAH non diagnostiqué. Faites le test. » Dix questions plus tard, le verdict de l’IA tombe, alarmant, suivi immédiatement d’un bouton : « Abonnez-vous au programme Neuro-Boost pour 19,99€/mois ».

​Bienvenue dans l’ère de la pathologisation algorithmique. Derrière la promesse de santé mentale se cache un modèle économique prédateur qui transforme des traits humains normaux en troubles psychiatriques rentables.

​1. L’effet Barnum industriel : Pathologiser la normalité

​Le cœur du problème ne réside pas dans la technologie, mais dans la psychologie de la vente. Ces applications exploitent ce que les psychologues appellent l’effet Barnum (ou effet Forer) : donner une description vague dans laquelle tout le monde peut se reconnaître.

  • Le mécanisme : L’algorithme repère des comportements universels (oublier ses clés, fatigue après le repas, difficulté à se concentrer le vendredi) et les recadre comme des symptômes cliniques.
  • La réalité scientifique : Dès 2022, une étude canadienne (Anthony Yeo et al., publiée dans le Canadian Journal of Psychiatry) analysait les vidéos populaires sur le TDAH (TikTok/Reels). Résultat ? 52% du contenu était classé comme trompeur. Les applications de coaching de 2026 ont industrialisé cette désinformation : elles ne diagnostiquent pas, elles valident votre anxiété pour vendre une solution.

​2. Le business de la « rétention par la peur »

​Pour une application de coaching par abonnement (SaaS), un utilisateur guéri est un client perdu. Le modèle économique n’est donc pas la guérison, mais la gestion chronique.

​Ce phénomène a des racines profondes. On se souvient du scandale de la startup américaine Cerebral (2022-2023), visée par le Département de la Justice américain pour avoir facilité la prescription de stimulants via des évaluations sommaires. En 2026, les « Coachs IA » ont remplacé les médecins peu scrupuleux. Ils créent une boucle de dépendance :

  1. Création du doute : « Votre niveau de stress est anormal. »
  2. Validation algorithmique : « L’IA détecte un profil neuroatypique. »
  3. Vente du remède : « Seul notre coaching quotidien peut vous stabiliser. »

​Il ne s’agit plus de soins, mais de rétention client. L’application a besoin que vous vous sentiez « un peu malade » en permanence pour justifier le prélèvement mensuel.

​3. Le danger de l’auto-étiquetage (Cybercondrie)

​Le danger n’est pas seulement financier, il est sanitaire. C’est ce qu’on appelle la cybercondrie : l’anxiété excessive concernant sa santé provoquée par des recherches en ligne ou des diagnostics numériques.

​Lorsqu’une IA convainc un utilisateur qu’il est autiste ou TDAH sans évaluation clinique rigoureuse :

  • L’effet Nocebo : L’utilisateur commence à performer les symptômes. Il s’enferme dans une identité de « malade » qui l’exonère de certaines responsabilités ou difficultés de la vie, retardant la prise en charge de ses vrais problèmes (qui peuvent être tout autres : dépression, carences, épuisement professionnel).
  • L’engorgement du système de santé : Les psychiatres et neurologues sont saturés par des patients en parfaite santé, persuadés par leur application qu’ils ont besoin de médicaments, retardant l’accès aux soins pour ceux qui souffrent de troubles sévères.

​Conclusion : Votre fatigue n’est pas forcément un trouble

​En 2026, la résistance à la désinformation sanitaire passe par une réalisation simple : la vie humaine est faite de fluctuations. Être fatigué, distrait ou triste n’est pas toujours un problème médical à résoudre par un abonnement premium. C’est parfois juste la condition humaine.

​Si une application vous diagnostique en moins de 5 minutes, rappelez-vous cette règle d’or du SEO mental : Si le diagnostic est gratuit, c’est que la maladie est le produit.

Sources et références contextuelles (Fact-checking) :

  • Étude sur la désinformation TDAH : Yeo, A. G., et al. (2022). « TikTok and Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Qualitative Analysis of Content Quality. » The Canadian Journal of Psychiatry.
  • Scandale Cerebral : Enquêtes du Wall Street Journal (2022-2023) et actions de la Federal Trade Commission (FTC) concernant les pratiques de prescription et la gestion des données de santé.
  • Concept de Cybercondrie : Terme validé par la littérature scientifique (Starcevic & Berle, 2013) désignant l’anxiété induite par la recherche de santé en ligne.

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