L’erreur mortelle : croire que les maladies n’existent plus sans vaccins

C’est une réflexion que l’on entend parfois, née d’un constat en apparence logique : « On ne voit plus de polio, on ne croise plus de personnes atteintes de diphtérie, et le tétanos semble appartenir aux livres d’histoire. Si ces maladies ont disparu, pourquoi continuer à injecter des vaccins à des nourrissons en bonne santé ? »

​Ce raisonnement porte un nom en santé publique : c’est le paradoxe de la prévention. Plus une politique de vaccination est efficace, plus la maladie qu’elle combat devient invisible, et plus le risque perçu par la population diminue. Pourtant, dire que la vaccination est devenue inutile parce que la maladie est rare constitue une erreur d’analyse fondamentale. La maladie n’a pas disparu ; elle est simplement contenue derrière une digue. Si l’on cesse d’entretenir la digue, l’eau revient.

​Voici pourquoi, selon les consensus scientifiques internationaux, l’arrêt de la vaccination entraînerait le retour immédiat de ces pathologies.

​1. La différence cruciale entre « Élimination » et « Éradication »

​Pour comprendre pourquoi nous devons continuer à vacciner, il faut distinguer deux concepts que le grand public confond souvent.

  • L’éradication signifie que le pathogène a été totalement supprimé de la surface de la Terre. À ce jour, une seule maladie humaine a été éradiquée : la variole, en 1980. C’est d’ailleurs pour cela que l’on ne vaccine plus personne contre la variole depuis cette date.
  • L’élimination signifie que la maladie ne circule plus dans une zone géographique donnée (comme la polio en Europe), mais qu’elle existe toujours ailleurs.

​L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est formelle : tant qu’une maladie n’est pas éradiquée à l’échelle planétaire, le risque de réintroduction existe. Nous vivons dans un monde interconnecté où un virus peut traverser le globe en moins de 24 heures par avion. Un voyageur infecté revenant d’une zone endémique (comme le Pakistan pour la polio) peut réintroduire le virus en France. Si la couverture vaccinale est élevée, le virus ne trouve pas de porte d’entrée et s’éteint. Si elle est faible, une épidémie éclate.

​2. Le mythe de l’hygiène : l’exemple du Tétanos

​Un argument fréquent consiste à dire que la disparition des maladies est due à l’amélioration de l’hygiène (eau potable, égouts) et non aux vaccins. Si cela a joué un rôle pour le choléra ou la typhoïde, cet argument s’effondre totalement face au tétanos.

​L’Institut Pasteur rappelle une réalité biologique simple : la bactérie du tétanos (Clostridium tetani) vit dans le sol, la poussière et les déjections animales. C’est un germe tellurique omniprésent. Contrairement à la rougeole, le tétanos n’est pas une maladie contagieuse (on ne l’attrape pas au contact de quelqu’un d’autre), mais accidentelle.

Même dans le pays le plus propre du monde, avec la meilleure hygiène possible, le risque persiste. Se couper en jardinant ou se blesser lors d’un bricolage suffit à contracter la maladie. Ici, seule l’immunité individuelle conférée par le vaccin protège. L’hygiène ne peut pas éliminer une bactérie qui fait partie intégrante de notre environnement naturel.

​3. L’effet « Sentinelle » : La résurgence immédiate de la Rougeole

​L’histoire récente nous fournit des preuves empiriques de ce qui se passe lorsque la vigilance baisse. La rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses connues de l’homme (une personne malade peut en contaminer jusqu’à 20 autres).

​Selon les données de Santé Publique France et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), dès que la couverture vaccinale passe sous le seuil critique de 95 %, les foyers épidémiques réapparaissent quasi instantanément.

  • ​Ce phénomène a été observé en France entre 2008 et 2012, où une baisse de vigilance a entraîné plus de 24 000 cas déclarés, des complications graves et des décès.
  • ​Ces épidémies ne sont pas dues à une mutation du virus, mais simplement au fait que le « bouclier » collectif (l’immunité de groupe) s’est fissuré.

​Le vaccin contre la rougeole agit comme un filet de sécurité : tant qu’il est tendu, on ne tombe pas. Dire qu’il est inutile car personne ne tombe revient à couper les cordes du filet sous prétexte qu’il ne sert à rien.

​4. La responsabilité envers les plus vulnérables

​Enfin, la vaccination ne protège pas uniquement l’individu vacciné. Elle est un acte de solidarité biologique. Certaines personnes ne peuvent pas être vaccinées pour des raisons médicales (nourrissons trop jeunes, personnes sous chimiothérapie, immunodéprimés, transplantés).

​Ces personnes survivent uniquement parce que l’entourage fait barrage au virus. L’Inserm souligne que lorsque des personnes en bonne santé arrêtent de se faire vacciner sous prétexte que « la maladie n’existe plus », elles deviennent involontairement les vecteurs de transport du virus vers ces populations fragiles pour qui la maladie sera, elle, bien réelle et souvent mortelle.

​Conclusion

​Affirmer que « les maladies n’existent plus donc vacciner est inutile » confond la cause et l’effet. Si les maladies semblent avoir disparu, c’est précisément parce que nous vaccinons.

​Les agents pathogènes de la diphtérie, de la coqueluche ou de la polio sont toujours présents, soit dans des réservoirs environnementaux, soit dans d’autres régions du monde. Arrêter la vaccination aujourd’hui ne signifierait pas le maintien du statu quo, mais un retour en arrière vers la situation sanitaire du début du XXe siècle. Comme le rappelle l’OMS, les vaccins ne rendent pas seulement les maladies invisibles ; ils les empêchent activement de redevenir des tragédies visibles.

​📚 Sources Institutionnelles

  • Organisation Mondiale de la Santé (OMS)Données sur l’éradication de la variole et le statut mondial de la poliomyélite.
  • Institut PasteurFiches maladies : Tétanos et épidémiologie des maladies infectieuses.
  • Santé Publique FranceRapports sur la couverture vaccinale et les épidémies de rougeole (Bulletins épidémiologiques hebdomadaires).
  • Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale)Dossier d’information : Vaccins et vaccinations.
  • ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control)Surveillance des maladies évitables par la vaccination en Europe.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *