L’huile de coco et Alzheimer

Sur TikTok et Facebook, le narratif est séduisant de simplicité : une cuillère à soupe d’huile de coco par jour suffirait à prévenir, voire à inverser, les symptômes de la maladie d’Alzheimer. Ce « remède miracle », disponible dans n’importe quel supermarché, est souvent présenté comme une vérité cachée par l’industrie pharmaceutique.

​Pourtant, si cette théorie s’appuie sur une hypothèse biologique réelle, sa traduction en « conseil santé » est considérée par la communauté scientifique comme trompeuse et potentiellement risquée.

​Voici ce que dit réellement la science, loin du bruit des réseaux sociaux.

​1. La théorie séduisante : Le cerveau en panne d’essence

​Pour comprendre pourquoi cette rumeur persiste, il faut regarder le « grain de vérité » sur lequel elle repose.

Dans la maladie d’Alzheimer, les neurones deviennent résistants à l’insuline et peinent à utiliser leur carburant principal : le glucose. C’est ce que certains chercheurs appellent le « diabète de type 3 ». Privées d’énergie, les cellules cérébrales dépérissent.

​L’idée derrière l’huile de coco est de fournir un carburant alternatif.

Le corps peut fabriquer une énergie de secours appelée cétones. L’huile de coco contient des triglycérides à chaîne moyenne (TCM), que le foie peut théoriquement transformer en cétones pour nourrir le cerveau affamé.

​2. La réalité : L’huile de coco n’est pas un médicament

​C’est ici que le raccourci viral s’effondre face à la biochimie. Comme le soulignent les analyses de Health Feedback et de la Mayo Clinic, il y a une différence majeure entre les concentrés utilisés en laboratoire et le pot dans votre cuisine.

  • Le problème de la composition : L’huile de coco du commerce n’est pas du TCM pur. Elle est principalement composée d’acide laurique. Contrairement aux TCM cliniques (acide caprylique), l’acide laurique est métabolisé lentement et inefficacement par le foie.
  • Les chiffres : Pour atteindre le niveau de cétones nécessaire pour observer un effet thérapeutique théorique sur le cerveau, il faudrait ingérer des quantités massives d’huile de coco, bien au-delà de ce qui est tolérable pour le système digestif (provoquant diarrhées et crampes sévères).

​À ce jour, aucune étude clinique à grande échelle n’a démontré que la consommation d’huile de coco ralentissait le déclin cognitif chez l’humain. Les preuves reposent essentiellement sur des témoignages anecdotiques isolés (comme le célèbre cas du mari du Dr Mary Newport), qui ne constituent pas une preuve scientifique.

​3. Le risque collatéral : Le cœur protège la tête

​Le danger de cette désinformation n’est pas seulement l’absence d’efficacité, mais le risque sanitaire ajouté.

L’huile de coco est extrêmement riche en graisses saturées (plus que le beurre ou le saindoux).

​L’American Heart Association et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappellent que l’excès de graisses saturées augmente le taux de cholestérol LDL (« mauvais cholestérol »), un facteur clé des maladies cardiovasculaires.

Or, la recherche moderne a établi un lien étroit entre la santé du cœur et celle du cerveau. L’hypertension et l’hypercholestérolémie sont des facteurs de risque majeurs pour… la maladie d’Alzheimer.

​Conclusion

​La consommation d’huile de coco pour soigner Alzheimer est une fausse piste. Si la recherche sur les cétones et les TCM purifiés reste un domaine d’étude légitime en neurologie, transformer l’huile de coco alimentaire en traitement médical est un raccourci dangereux.

Comme le rappelle l’Alzheimer’s Association : « Il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique recommandant l’utilisation de l’huile de coco pour traiter ou prévenir la maladie d’Alzheimer. »

Sources vérifiées :

  • Alzheimer’s Association : Alternative Treatments – Coconut Oil. (Indique l’absence de preuves cliniques suffisantes).
  • Health Feedback : Unsupported claim that coconut oil can cure Alzheimer’s disease. (Analyse critique des études existantes).
  • Mayo Clinic : Can coconut oil treat Alzheimer’s? (Mise en garde sur les risques cardiovasculaires liés aux graisses saturées).
  • American Heart Association : Saturated Fats and Cardiovascular Health. (Données sur l’impact de l’huile de coco sur le LDL).

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *