Remède de cheval, danger humain : Le détournement de l’ivermectine en Suisse et en Belgique
C’est un phénomène qui a inquiété les autorités sanitaires durant la pandémie : face à des informations non fondées circulant sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens en Suisse et en Belgique se sont tournés vers des médicaments vétérinaires pour tenter de prévenir ou soigner le Covid-19. La cible principale ? L’ivermectine, un antiparasitaire couramment utilisé pour les chevaux et le bétail.
Voici un état des lieux basé sur les rapports officiels.
Suisse : Une hausse marquée des intoxications
En Suisse, l’engouement pour ce « traitement miracle » a eu des conséquences mesurables. Tox Info Suisse, le centre d’information toxicologique national, a rapporté dans son bilan annuel 2021 une augmentation significative des consultations liées à l’ivermectine.
- Le constat : Alors que les appels concernant ce médicament étaient anecdotiques les années précédentes, le centre a dû gérer une vague de cas d’intoxications liés à l’automédication préventive ou curative contre le Covid-19.
- La réaction : L’institut Swissmedic a dû émettre des mises en garde formelles, rappelant que les formulations vétérinaires (souvent sous forme de pâte ou de solution à verser) sont très fortement dosées. L’institut a souligné les risques de neurotoxicité sévère (tremblements, vertiges, voire troubles de la conscience) en cas de surdosage.
Belgique : Des médicaments falsifiés et contaminés
En Belgique, la situation a pris une tournure encore plus inquiétante concernant les achats en ligne. L’AFMPS (Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé) a mené des analyses sur des comprimés d’ivermectine saisis dans des colis postaux commandés sur Internet.
Les résultats de l’analyse belge sont alarmants :
- Contamination bactérienne : Selon l’AFMPS et Sciensano, 46 % des comprimés saisis étaient gravement contaminés par des bactéries.
- Falsification : La majorité des échantillons étaient soit sous-dosés (inefficaces), soit ne contenaient pas le bon principe actif.
- Avertissement : Les autorités belges ont conclu que l’achat de ces produits via des circuits illégaux exposait le consommateur non seulement aux risques du médicament lui-même, mais aussi à des infections gastro-intestinales dues à la contamination des pilules.
Pourquoi le médicament vétérinaire est-il dangereux pour l’homme ?
Au-delà de la fraude en ligne, l’utilisation de produits vétérinaires authentiques (destinés aux animaux) sur l’homme pose deux problèmes majeurs :
- La concentration : Une pâte orale pour chevaux est calibrée pour un animal pesant entre 500 et 800 kg. Le calcul d’une dose humaine à partir d’une seringue graduée pour cheval est extrêmement imprécis et conduit fréquemment à des surdosages massifs.
- Les excipients : Les substances inactives utilisées pour créer la pâte ou le liquide (solvants, conservateurs) n’ont jamais été testées pour une ingestion humaine et peuvent provoquer des réactions allergiques ou toxiques graves.
Ce qu’il faut retenir
L’ivermectine humaine (sur ordonnance) est un médicament utile pour traiter la gale ou certains vers, mais son détournement vétérinaire expose à des dangers réels. Les données suisses confirment les intoxications, tandis que les analyses belges prouvent que le marché noir livre des produits bactériologiquement dangereux.